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jeudi 23 novembre 2017

21,5 millions d'usagers de nicotine à méfaits réduits débarquent à Genève

INNCO, le réseau international des organisations d'usagers de nicotine (International Network of Nicotine Consumer Organisations), dépose ses statuts officiels d'association à Genève. "Le nouveau règlement d'INNCO se base sur ses "statuts d'Association", selon le Code Civil Suisse, pour assurer à toutes les organisation membres, quelque soit leur taille, expérience ou finance, un statu égal dans son processus démocratique", explique le communiqué du réseau. Créé en juin 2016, INNCO vise à donner une voix internationale aux associations d'usagers. 

"Il y a au moins 21,5 millions de consommateurs ayant opté pour des formes significativement plus sûres de nicotine. INNCO les soutient, ainsi que ceux qui les suivront, en défendant des réglementations proportionnées basées sur la transparence, des recherches scientifiques de qualité, les droits humains et les principes de réduction des méfaits", souligne Judith Gibson, Secrétaire Général d'INNCO.  Alors que des offensives contre le droit à la réduction des méfaits pour sa santé sont lancées contre la population dans différents pays, la structuration du réseau va lui permettre de mieux s'organiser. Cette mutation en association a été décidé cet été lors de l'assemblée d'INNCO, en marge du Global Forum on Nicotine de Varsovie.

Désormais, le réseau est piloté par un Secrétariat général, composé actuellement de trois membres, lui-même supervisé par un Comité. L'association regroupe 29 organisations de 25 différents pays sur les cinq continents. Aux côtés de l'association Suisse Helvetic Vape, on retrouve notamment les francophones de l'Aiduce, de Sovape, de l'Union Belge pour la Vape (UBV-BDB) ainsi que la Tobacco Harm Reduction Association (THRA) canadienne.




lundi 20 novembre 2017

[Ristrett'] Pour un soutien à l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, mieux vaut être à Lausanne ou Genève qu'à Zurich

"Aux consultations sur le tabagisme des hôpitaux universitaires de Genève et de Lausanne, l'option du vapotage pour cesser de fumer est présentée. Contrairement à l'hôpital universitaire de Zurich (USZ)", explique la Neue Zurcher Zeitung dans son édition de samedi. Isabella Sudano, responsable de la consultation de tabacologie à l'USZ, refuse de parler du vapotage aux fumeurs. "Bien que les risques pour la santé soient plus faibles, il y a encore trop peu d'études montrant les avantages de l'e-cigarette dans le sevrage tabagique", estime t-elle. Directeur de Stop-Tabac.ch, le Pr Jean-François Etter conteste cette résignation médicale condamnant les fumeurs au tabagisme. "Le vapotage fait la même chose que les substituts nicotiniques. Et le fumeur n'a pas à se passer du rituel du geste", souligne le professeur de santé globale de l'Université de Genève.

Étonnamment le quotidien zurichois n'évoque pas les résultats encourageants obtenus en consultation de tabacologie aux Hôpitaux de Genève (HUG) par le Dr Jean-Paul Humair, que nous avions présenté. La NZZ cite tout de même la revue Cochrane. Celle-ci montre que des études, de faibles échantillons, présentent déjà l'efficacité des vapoteuses de 1ère génération. Elles sont depuis dépassées techniquement par de nouvelles générations (trois ou quatre selon comment on les considère...).

"Une autre raison pour laquelle Isabella Sudano ne recommande pas le vapotage à ses patients est que les adolescents pourraient être tentés en les utilisant", affirme énigmatiquement la NZZ. D'un point de vue éthique, on peut s'interroger sur la démarche d'Isabella Sudano de nuire potentiellement à ses patients adultes en leur cachant un moyen de sortir de leur tabagisme. Elle ne semble pas touchée par la question. "Nous pensions la cigarette devenue inacceptable, maintenant elle entre par la porte arrière", estime t-elle. Avec au moins 25%, et probablement plutôt 30%, de fumeurs sans aucune baisse significative depuis 2009, la fin de la cigarette en Suisse n'a pourtant rien d'une évidence. 

"Au lieu de voir les bienfaits du vapotage pour la santé des fumeurs [qui y passent], beaucoup ont tendance à diaboliser la vape. Cela ne sert pas la protection des personnes à risque", déplore le Pr Etter. Alors que le vapotage est utilisé quasi exclusivement par des fumeurs ou ex-fumeurs en Suisse, selon les données du monitorage des addictions. De plus, là où il est répandu chez les jeunes, il a accompagné une chute massive du tabagisme adolescent. Comme le rappelle un article dans la revue JAMA sur la situation américaine ou une étude étendue au Royaume-Uni, que ne citent pas la NZZ. 

Une fois encore le journal zurichois n'arrive pas à s'empêcher de prétendre contre toute évidence que le vapotage est un produit des grands cigarettiers. Mais reconnaissons qu'en offrant la parole à deux visions contrastées, la NZZ fait-là son premier article un peu plus équilibré sur le sujet depuis l'apparition du vapotage... Auparavant, une longue suite de papiers d’extrêmement mauvaise qualité confinait au ridicule, à l'appel haineux et à la tromperie. Au point où News Buzzters en était arrivé à supposer que le journal zurichois servait les intérêts d'un cigarettier lausannois.
A Zurich apparemment le danger, ce ne sont pas les concours de fumeurs existants,
mais la possibilité qu'ils réussissent à arrêter de fumer à l'aide du vapotage


dimanche 19 novembre 2017

"L'engagement réciproque entre vapoteurs et santé publique est primordiale" insiste Sarah Jakes de la NNA à l'E-Cig Summit


Sarah Jakes est la Présidente de la New Nicotine Alliance (NNA) britannique. Hier, la défenseure des usagers de moyens de consommer de la nicotine à méfaits réduits intervenait au 6ème E-cig Summit. Le Sommet sur le vapotage organisé à la Royal Society de Londres. Scientifiques, tabacologues, organismes de santé publiques et défenseurs des usagers s'y rencontrent chaque année depuis 5 ans. Nous avons traduit, avec un énorme coup de main d'Olivier, les notes de l'intervention de Sarah Jakes, mises en ligne par la NNA sur leur site. En attendant la vidéo qui sera probablement mise en ligne d'ici quelques semaines. Les thèmes abordés par cette voix des usagers nous ont paru essentiels à partager.


«  Il y a quatre ans, presque jour pour jour, j'étais assise au fond de cette pièce. J'essayais autant que possible d'être invisible, en vapotant discrètement comme demandé. Je ne vapotais que depuis environ 6 mois, mais j'étais déjà une participante active au mouvement massif de consommateurs contre les règlements de l'Union Européenne, qui étaient à l'origine médicaux sous tous les aspects sauf le nom.



Un mois à peine avant ce premier sommet, les vapoteurs avaient réussi à renverser cette réglementation qui devait être imminente. Ils l'ont fait simplement avec leurs témoignages. Des milliers de personnes ont écrit à leurs représentants au Parlement européen pour leur parler de leur passage du tabagisme au vapotage et des améliorations apportées à leur santé et à leur vie.

À cette époque, nous avions l'impression d'avoir peu, si ce n'est pas, d'alliés. D'énormes industries multinationales ayant des intérêts directs dans le tabagisme ou la cessation tabagique exerçaient des pressions contre nous. Les membres de la communauté de santé publique, s'exprimant à haute voix, niaient la vérité de nos expériences et même notre existence, ainsi que les choses que nous avions vues de nos propres yeux jour après jour.


Et alors, j'étais là, assis dans une salle avec des centaines d'autres, à regarder des universitaires et d'autres experts venir sur cette scène et dire ce que nous, nous savions déjà. Le vapotage devrait être soutenu et non pas craint, il a le potentiel de changer la vie de millions de personnes.

Les vapoteurs passionnés constituent une foule très diverse, mais nous avons tous certaines choses en commun. Nous voulons partager nos expériences et protéger quelque chose que nous aimons. Nous voulons également veiller à ce que d'autres personnes aient l'occasion de faire les choix que nous avons faits, au moment qui leur convient.

Nous voulons que les législateurs comprennent pourquoi la réglementation qu'ils jugent si merveilleuse n'est vraiment pas une bonne idée. Nous le comprenons parce que nous avons créé le vapotage. Ce sont les vapoteurs qui ont pris la cigarette électronique originale, l'ont démontée et l'ont transformée en quelque chose qui fonctionne. Grâce à des milliers de canaux informels tels que les forums ou les revues sur YouTube, nous avons poussé l'industrie à améliorer la conception et les options. Et nous continuons à le faire aujourd'hui.

L'industrie indépendante du vapotage a toujours été très sensible aux besoins des consommateurs. Vous savez pourquoi ? Parce que la plupart d'entre eux sont issus de nos rangs. La seule différence avec nous, c'est que leur enthousiasme leur a fait franchir l'étape supplémentaire de la création d'une entreprise.

Donc, quand vous voyez notre révolution chaotique, rappelez-vous que ce que vous voyez, ce sont des gens qui essaient de vous empêcher de tout foutre en l'air. Pour ce faire, certains d'entre nous ont également dû franchir un pas supplémentaire - pour devenir des militants presque à temps plein.

Les défis pour les défenseurs des consommateurs dans ce domaine ont été énormes et souvent écrasants. Nous sommes tous d'anciens fumeurs et, permettez-moi de le préciser, nous sommes tous irrités par la façon dont les fumeurs sont traités. Nous nous opposons naturellement aux méthodes coercitives qui forcent les fumeurs à cesser de fumer et nous détestons la stigmatisation des fumeurs qui va toujours de pair avec ces méthodes.

Et pourtant, nous félicitons et soutenons ceux qui passent du tabagisme au vapotage, tout comme la santé publique pourrait bien le faire pour tous ceux qui réussissent à cesser de fumer. On pourrait dire que nos objectifs sont les mêmes - mais nos idées sur la façon d'y arriver sont souvent très différentes.

En raison de ces différences, il a souvent été difficile de s'asseoir à la table de discussion. Au Royaume-Uni, la New Nicotine Alliance a eu la chance d'avoir le soutien de Public Health England, qui nous a ouvert un grand nombre de portes, mais a également suscité des soupçons au sein de la communauté du vapotage. Depuis que je milite, on m'a traité de "troll", de complice de l'industrie du tabac, de toxicomane atteint de lésions cérébrales, et ça, ce n'est que par des gens de la santé publique. Dans le même temps, j'ai été accusée d'être vendue à la lutte antitabac par des gens de mon propre bord. Rien de tout cela n'est vrai, mais ça met du piquant dans la vie...

De nombreuses campagnes de consommateurs sont par nature libertaire et pro-choix. Le vapotage ne fait pas exception. La phrase "foutez-le camp et laissez-nous tranquilles" résonne souvent dans ma tête. La liberté de choisir ce que nous voulons faire de notre propre corps est vitale pour nous. Et cette liberté s'érode.

Mais le vapotage est plus qu'une campagne pro-choix. Alors que de nombreux fumeurs le considèrent simplement comme une alternative plus agréable au tabagisme, beaucoup d'autres accordent plus d'importance à la réduction des risques pour leur santé ou à la possibilité d'utiliser le vapotage pour arrêter de fumer. Il n'est pas facile de représenter tous ces points de vue sans s'attirer les critiques d'un côté ou de l'autre.

Mais ces éléments ne s'excluent pas mutuellement. Si le vapotage est une alternative agréable au tabagisme, les gens qui choisissent de changer ou d'adopter le vapotage au lieu de fumer minimisent le mal qu'ils se font à eux-mêmes, que ce soit ou non leur intention.

C'est pourquoi l'engagement entre les vapoteurs et la santé publique est important pour les deux parties. Pour la santé publique, le vapotage devrait être un outil important de réduction des méfaits. Mais comme tout outil, il ne fonctionnera pas si vous ne comprenez pas comment et quand l'utiliser. Et cela ne fonctionnera pas pour nous si la santé publique tente d'en faire quelque chose qu'il n'est pas. Alors qu'est-ce que ce n'est pas ?

Le mot "plaisir" semble être une sorte d'anathème pour certaines personnes dans la santé publique. L'un des plus grands défis pour les consommateurs est d'obtenir des organismes de réglementation, et de ceux qui les conseillent, qu'ils comprennent que pour un grand nombre de gens, le vapotage n'est pas un médicament ni simplement une intervention de désaccoutumance au tabac. Le vapotage fonctionne pour arrêter de fumer précisément parce que ce n'est pas ces choses-là. Ça marche parce qu'ils aiment ça.

Ils adorent la personnalisation rendue possible par la diversité du marché des appareils et les milliers de saveurs disponibles. Ils aiment l'identité de vapoteur et le sens de la communauté que cela implique. Ils aiment que le vapotage soit semblable au fait de fumer, mais en même temps à un million de kilomètres de la fumée.

Mais il est important aussi de se rappeler que pour beaucoup de gens le vapotage est purement fonctionnel. Ils ne peuvent pas ou ne veulent pas dépenser beaucoup d'argent dans les appareils, ils ne sont pas forcément intéressés par la personnalisation ou de faire partie d'une communauté. Ils veulent juste quelque chose qui fonctionne. Pour eux, trop de choix peut être une perspective décourageante, et ils peuvent trouver toute la culture du vapotage intimidante. Moi aussi, ça m'impressionne parfois.

Pour certaines de ces personnes, un bon magasin de produits de vapotage peut faire toute la différence. Parce qu'elles peuvent essayer des produits avec l'aide d'une expertise et d'un soutien dans le monde réel. Pour d'autres, la réponse peut être la confiance qu'un Service d'arrêt du tabac pro-vapotage peut leur offrir, où ils peuvent recevoir des conseils impartiaux et un soutien comportemental.

Si la santé publique veut vraiment maximiser les avantages du vapotage, elle doit reconnaître que toutes ces expériences sont toutes aussi valides et valables. Tout comme l'industrie. Les deux devraient se demander "que pouvons-nous ajouter", et non pas "qu'est-ce que nous pouvons restreindre". Poser les bonnes questions - non pas "est-ce que cela fonctionne?", mais "pourquoi est-ce que cela fonctionne?" et surtout "comment pouvons-nous aider encore plus de gens à faire en sorte que cela fonctionne pour eux?".

Parlez aux vapoteurs. Écoutez et apprenez de leurs expériences. Mieux comprendre ce qui motive les gens à fumer et à vapoter (un indice : ce n'est pas seulement, ou même la plupart du temps, une question d’addiction). Parlez aux fumeurs et renseignez-vous sur les obstacles à leur transition, et trouvez des moyens de les aider à les surmonter, si c'est ce qu'ils veulent faire.

Des chercheurs travaillent déjà dans ces domaines, mais leurs voix se perdent dans la cacophonie des communiqués de presse politisés qui font la une des journaux tous les jours.

L'un des domaines où la santé publique doit vraiment s'améliorer est celui de la perception du public. Et je ne parle pas seulement des risques relatifs. Les politiques de lutte contre le tabagisme ont conduit à la stigmatisation des fumeurs sur une échelle qui ne serait pas acceptée contre toute autre minorité.

Le public déteste les fumeurs, et maintenant il déteste les vapoteurs - non pas parce qu'ils croient que la vapeur est nocive, mais parce qu'à leurs yeux, les vapoteurs ne sont que d'horribles fumeurs qui contournent les règles. "Ils sont en train de vapoter là où ils ne devraient pas. En plus, ils n'ont même pas d'horribles maladies  pour les punir de leurs sales habitudes".

Ce genre de préjugé a entraîné des restrictions étendues sur le vapotage, malgré le fait qu'il n'y a pas d'interdiction légale dans ce pays. Beaucoup de vapoteurs ne veulent pas de la sympathie du public, au titre d'avoir arrêté de fumer ou qui essaient de le faire. Nous sommes habitués au fait que le public n'a aucune sympathie pour les fumeurs, ex- ou autres. Ce que les vapoteurs veulent, c'est beaucoup plus de tolérance à l'égard de quelque chose qui n'affecte presque pas autrui.

Les vapoteurs sont, dans l'ensemble, parfaitement capables de déterminer où le vapotage est ou n'est pas approprié, et aussi d'être attentionnés. Mais pourquoi devraient-ils avoir du respect pour des organisations comme les nombreuses organisations de santé qui, bien qu'elles aient apparemment soutenu la récente campagne Stoptober [équivalente au Mois sans tabac en Angleterre] qui incluait l'option du vapotage, interdisent de manière générale de vapoter même à l'extérieur ?

Ne me lancez même pas sur les autorités locales [anglaises], vous pouvez lire leurs efforts épouvantables dans un nouveau rapport publié il y a deux jours de la Freedom Association.

Quel message ces politiques transmettent-elles aux fumeurs ? Pourquoi ceux-ci devraient-ils croire que le vapotage est moins nocif que le tabagisme alors que le vapotage est traité de la même façon ? Pourquoi un fumeur envisagerait-il de passer d'une activité restreinte et méprisée à une autre tout autant ? Autant continuer à fumer...

L'une des plus grandes divisions entre les consommateurs et la santé publique, ainsi qu'au sein même de la santé publique, est le jeu entre la réduction des méfaits pour les fumeurs actuels et les anciens fumeurs et la prévention d'une nouvelle génération d'utilisateurs de nicotine.

Trop souvent, il est clair que les choix que les adultes peuvent faire, que ce soit pour des raisons de santé, de richesse ou de plaisir, sont considérés comme moins importants que les risques théoriques et très probablement minimes pour les futurs enfants théoriques qui, théoriquement, peuvent se mettre à vapoter.

De nombreux consommateurs se demandent pourquoi une nouvelle génération d'utilisateurs de nicotine est-elle même un problème. Etant donné qu'il n'existe aucune preuve crédible de l'existence d'un effet passerelle, et que le monde ne semble pas avoir de problème avec une nouvelle utilisation de stimulants semblables comme la caféine.

Bien sûr, en termes de santé absolue, il est préférable de ne rien inhaler d'autre qu'un bon air de montagne. Ou de rien boire d'autre que de l'eau de source. Ou de ne rien manger d'autre qu'un régime parfaitement équilibré qui implique probablement des smoothies de chou frisé. Mais dans le monde réel, beaucoup d'entre nous ne veulent pas vivre comme ça - nous voulons profiter du temps dont nous disposons.

Nous voulons profiter d'un bon verre bien frais de Sauvignon Blanc sans penser au cancer du sein. Nous voulons pouvoir emmener nos enfants voir le spectacle du gros camion rouge à Noël sans être qualifiés de parents irresponsables. Nous voulons être capables de faire nos propres choix à partir d'informations fiables et nous voulons que les messages de santé publique cessent de nous priver de tout ce qui, pour nous, rend la vie un peu moins ennuyeuse.

Mais il y a autre chose dans cette histoire. Dans tous les domaines que je viens de mentionner, il y a des gens dont le but ultime n'est pas d'informer ou d'éduquer le public, ni même de l'inciter à faire de meilleurs choix. Il y a des gens qui occupent des postes influents dans la lutte antitabac et qui sont tellement déterminés à détruire l'industrie du tabac plutôt que de la laisser évoluer ou s'adapter qu'ils le feront à n'importe quel prix. Y compris celui de la santé et du bien-être de ceux qui, autrement, pourraient se tourner vers des solutions alternatives plus sûres.

Il ne fait aucun doute que l'industrie du tabac mérite sa réputation, mais combattre ses mensonges avec vos propres mensonges fait des consommateurs des dommages collatéraux. Ne croyez pas une minute que vous faites des faveurs aux fumeurs si vous mentez au sujet des solutions de rechange plus sûres simplement parce que l'industrie du tabac les vend.

Toutes les grandes compagnies de tabac investissent maintenant dans des produits de réduction des méfaits. Oui, je sais, elles continuent de vendre des cigarettes et de combattre les efforts de la lutte anti-tabac partout dans le monde. Mais le changement, surtout dans des organisations aussi vastes et complexes que l'industrie du tabac, qui en répond devant ses actionnaires, prend du temps.

N'oubliez jamais que ce n'est pas seulement l'industrie qui devra faire la transition vers des produits plus sécuritaires, mais aussi et surtout les fumeurs. Et pour que la réduction des méfaits soit un succès à l'échelle que la santé publique aimerait voir, les fumeurs doivent le vouloir. Or, l'Amérique le découvrira si elle continue sur sa lancée actuelle, on ne peut pas les forcer. Vous ne devriez pas suivre ce chemin non plus.

Donc, si vous voulez combattre l'industrie du tabac, combattez-la avec la vérité. Assurez-vous que leurs clients savent qu'il existe une solution de rechange plus sûre et quand leurs clients partiront, ils devront les suivre.

Tenez-les responsables. S'ils disent qu'ils veulent que leur entreprise passe à des produits plus sûrs, assurez-vous qu'ils continuent dans cette direction. Mais soyez pragmatiques. Cela ne se produira pas pendant la nuit et cela n'arrivera pas du tout si vous les bloquez continuellement simplement à cause de qui ils sont.

Est-il donc possible de s'engager à tous les niveaux avec l'industrie du tabac et de rester crédible ? Trop souvent, nous voyons de bonnes personnes, avec des points de vue différents et valables, qui sont rejetés, non pas parce qu'il y a quelque chose de faux dans ce qu'elles disent, mais sur la base de calomnies et d'insinuations d'une influence de l'industrie du tabac.

Plus tôt cette année, Derek Yach a annoncé la création de la Smoke-free World Foundation. Une organisation qui, basiquement, prend un milliard de dollars de Philip Morris (PMI) et l'utilisera pour financer des recherches indépendantes sur les produits à risques réduits. Comme nous l'a dit plus tôt  [durant l'Ecig Summit] le professeur Etter, l'idée a été vilipendée par de nombreux intervenants de la lutte antitabac. De plus, l'idée d'un financement de PMI pour un "monde sans fumée" n'a pas été non plus bien accueillie par les groupes pro-fumeurs.

La suspicion et l'antipathie des deux côtés sont tout à fait compréhensibles et il est juste d'être prudent. Mais si cette fondation échoue, c'est encore une fois le consommateur qui perd. Il est essentiel de disposer d'études bien financées et d'une surveillance indépendante adéquate pour permettre aux consommateurs de prendre des décisions éclairées. Ils pourraient aussi attendre longtemps pour que soit contré le déluge de la science-poubelle qui fait constamment les gros titres.

Alors que des géants comme la Food and Drug Administration (FDA) américaine, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et même la Commission Européenne injectent d'énormes quantités de ressources dans le financement d'études afin de soutenir leurs politiques restrictives sur les produits de réduction des risques, d'autres bailleurs de fonds, comme Cancer Research UK, semblent poser les bonnes questions et dans les années à venir, nous devrions voir passer de très bonnes données scientifiques. Mais pour beaucoup de gens, ce sera trop peu, et trop tard. Les dommages en termes de politique et de perception du public auront déjà été causés.

Les consommateurs sont impatients d'avoir accès à des données scientifiques de bonne qualité et franchement, bon nombre d'entre nous se fichent de savoir qui paie pour cela -. Pour nous, la lutte antitabac ne s'est pas avérée plus fiable dans ce domaine que l'industrie du tabac. Songez-y une minute.

Et qu'en est-il du traitement schizophrène de la vape dans les médias - d'où vient-il ? Est-il surprenant que le public ne comprenne pas le risque que représentent le vapotage lorsque les infos alternent presque quotidiennement entre le remède miracle et l'œuvre du diable ?

Trop souvent, la raison de cette situation semble provenir de deux facteurs: l'établissement de données probantes fondées sur les politiques et les résultats de la recherche. Combinez ces deux choses avec le fait que les journalistes ont rarement le temps de regarder au-delà du communiqué de presse et que les mauvaises nouvelles vendent mieux les journaux que les bonnes nouvelles et vous avez tous les ingrédients pour bousiller la santé publique à une échelle monumentale.

Mais où est la responsabilité ? Quand quelqu'un va-t-il payer pour le mal causé par l'alarmisme qui prive les consommateurs d'une vision équilibrée et précise?

De nombreux pays, dont certains sont des chefs de file en matière de réduction des méfaits dans le domaine des drogues, semblent se débattre avec ce concept dans le domaine du tabac. De même, l'OMS, malgré le fait qu'elle s'intéresse soi-disant à la réduction des méfaits, n'accepte ni le vapotage ni quelque autre produit de réduction des méfaits du tabac que je connais.

Nous sommes stupéfaits de voir cette organisation saluer les actions des différents dictateurs mondiaux notoires tout en refusant de s'engager avec les seuls acteurs qui comptent: les consommateurs.

Pour nous, beaucoup de politiques à travers le monde sur le vapotage nous paraissent insensées. Et pour les vapoteurs des pays hors du Royaume-Uni, les vapoteurs britanniques doivent paraître très chanceux - et peut-être nous leurs semblons ingrats. Croyez-moi, nous ne le sommes pas - mais nous avons travaillé dur pour cela.

On voit bien ce qui aurait pu arriver. Nous voyons le choix retiré au public par les restrictions arbitraires et contre-productives imposées aux produits à risque réduit via la directive européenne TPD. Nous voyons nos amis fumeurs être dégoûtés par l'effroyable couverture médiatique. Et lorsque des politiques sont formulées pour punir les fumeurs étant passé au vapotage, nous voyons qu'ils deviennent rancuniers et profondément retranchés.

Le Royaume-Uni est sans aucun doute un leader mondial en matière de politique sur le vapotage, mais il n'a pas encore pris en main d'autres produits de réduction des risques. Le snus est encore interdit ici, et regarder les régulateurs tourner autour des produits du tabac chauffé (HnB), c'est comme regarder un chat très méfiant mesurer sa proie.

Il y a d'autres produits de nicotine pratiquement inoffensifs vendus ailleurs dans le monde qui ne sont pas vendus ici parce que les fabricants craignent que les organismes de réglementation soient hostiles. Le paysage de la nicotine récréative évolue en faveur d'une meilleure santé publique, mais les organismes de réglementation résistent toujours.

Quel que soit votre point de vue sur Brexit, il peut, selon l'accord que nous concluerons, offrir au Royaume-Uni la possibilité de revoir ces règlements et de les remplacer par quelque chose d'approprié. Des réglementations qui protègent réellement la sécurité des consommateurs tout en encourageant l'innovation vers des produits moins nocifs, qu'ils soient à base de tabac ou de nicotine pure, plus attractifs et de meilleure qualité.

Le Royaume-Uni pourrait montrer au monde comment une politique adoptant et soutenant l'innovation du secteur privé par le biais d'une réglementation appropriée peut améliorer la vie de millions de personnes. Mais en a-t-il le courage ? Le Plan de lutte contre le tabagisme et la récente campagne Stoptober sont un bon point de départ. Mais nous sommes toujours aux prises avec les politiques coercitives du passé et la résistance idéologique à la réduction des méfaits est encore endémique dans certaines régions.

C'est le cinquième E-cig Summit. Pour la sixième, j'espère que le vapotage ne sera qu'une des nombreuses alternatives plus sûres et facilement accessibles aux consommateurs. J'espère que beaucoup plus de consommateurs les trouveront attrayantes comme alternatives au tabagisme. Cependant pour y parvenir, il faut une plus grande acceptation de la vérité, désagréable à certains, selon laquelle ces produits sont d'abord et avant tout utilisés par un grand nombre de consommateurs dans un but de plaisir, et l'abandon du tabac est un sous-produit bienvenu.

Tous ces moyens récoltent des avantages vers l'objectif d'améliorer la santé publique. Mais ne vous attendez pas à une récolte abondante si vous ignorez le facteur incontournable dans le succès du vapotage pour créer des ex-fumeurs jusqu'à présent: le plaisir.  »




samedi 18 novembre 2017

[Ristrett'] La vape appartient-elle à Big Tobacco ?

L'accusation est récurrente de la part des anti-vapes. Le vapotage serait aux mains des grandes compagnies cigarettières. Quand est-il dans les faits? Les produits de vapotage appartiennent-ils vraiment tous aux Big Tobacco? Go Smoke Free, site de vente de produits de vapotage anglais, s'est posé la question. "Nous voulions savoir si la majorité des marques de vapotage sont indépendants ou détenus par une compagnie, et plus important encore, si cette compagnie est une compagnie de tabac", explique Go Smoke Free. Résultats de leurs recherches, une infographie vient d'être publiée. Des marques de produits de vapotage appartenant à des cigarettiers existent. Go Smoke Free en recense neuf en Angleterre. Cinq marques sont au sein de firmes totalement dédiées au vapotage. Enfin, plus de 80% des marques dénichées sont des indépendants. Il est possible que des produits aient échappé à la recherche. Mais il est très peu probable que ce soit des produits de grands cigarettiers. Ils sont compétents en matière de marketing. 

vendredi 17 novembre 2017

Traités d'escrocs, les vapoteurs italiens se mobilisent contre la mise à mort de la vape indépendante

Près de 55'000 signatures en quelques heures. Lancée cet après-midi, la pétition contre l'amendement Vicari cartonne. En jeu, la survie des magasins de vapotage spécialisés, et au-delà celle de la vape indépendante en Italie. L'amendement de la sénatrice Simona Vicari prévoit d'interdire la vente des produits de vapotage hors du réseau régit par l'Administration des Douanes et du Monopole (AAMS). Les sites de vente en ligne seraient interdits et les magasins spécialisés triés sur le volet par l'administration selon des critères à définir par l'AAMS d'ici le 31 mars 2018. En clair, le vapotage se retrouverait aux mains des buralistes. Avec les conséquences prévisibles sur la variété, la qualité et l'indépendance des produits qui y seront proposés.

Pour les ex-fumeurs et ceux en sevrage, ce sera l'incroyable obligation de devoir être face à des paquets de cigarettes pour s'acheter des liquides à vapoter. Une situation de dissonance cognitive volontairement provoquée qui touche à la perversité. Devant le Sénat, Simona Vicari a justifié son amendement parce que la situation actuelle des ventes des produits de vapotage "est une véritable escroquerie" aux intérêts des italiens.

Mise sous examen dans une présumée affaire de corruption, l'ex-sous-secrétaire d'Etat avait du démissionner de son poste en mai dernier. Simona Vicari avait reçu des cadeaux, dont une Rolex, de l'armateur palermitain Morace alors qu'elle a fait passé un amendement sur la TVA très favorable à ce secteur d'activité.

Plusieurs voix, partagées par le site SigMagazine, se sont fait élevées ces derniers jours contre cette mise à mort de la vape indépendante. Stefano Di Luca, Président du Parti Libéral, déplore le "clientélisme" de l'amendement Vicari. Marcello Gualdani, sénateur dans la cinquième Commission, a fait valoir son opposition sur le procès-verbal de la séance ayant validé le texte. Francesco Pasquali, secrétaire régional (Lazio) du Parti Libéral, craint pour les "centaines de petites et micro entreprises" de vape dans sa région. "Une fois encore, le législateur préfère la facilité à coups de taxes pour engraisser encore plus le parasite du Monopole", regrette t-il.

En dehors des paroles d'élus, c'est "tout un secteur qui hurle sa douleur", explique Stefano Caliciuri sur SigMagazine. Des centaines de témoignages, de messages de détresse et de questions angoissées parviennent au site spécialisé. Au point où celui-ci a ouvert ses colonnes aux paroles des victimes de l'amendement Vicari. "Nous sommes des personnes, pas des numéros" collectionnent les histoires d'artisans, de commerçants, d'employés et de simples vapoteurs. Un vaste appel à la raison de la part du monde de la vape italienne aux dirigeants. Entendront-ils ?

[Ristrett'] Le vapotage pour aider les fumeurs en souffrance psychique au Royaume-Uni

"Le vapotage offre une nouvelle chance aux fumeurs souffrant de maladies psychiques qui n'ont pas été en mesure d'arrêter avec d'autres méthodesIl devrait être offert comme une méthode légitime de cesser de fumer dans tous les milieux de santé mentale", résume Alyssa Best du Cancer Research UK (CRUK). Elle est l'auteure du nouveau rapport sur le vapotage du Mental Health & Smoking Partnership, qui regroupe douze organismes de santé britanniques, dont l'Action on Smoking and Health (ASH), le Royal College of Psychiatrists (RCP-UK) ou encore Rethink Mental Health. "Davantage doit être fait pour aider les fumeurs ayant des problèmes de santé mentale à cesser de fumer, y compris l'accès au vapotage et à d'autres traitements", insistent les organisations de bienfaisance sur le site du CRUK

Les personnes en souffrance psychique sont fortement plus susceptibles de fumer que la population générale. Au Royaume-Uni, 16% de la population fume, tandis que ce sont jusqu'à 70% des patients de certaines unités psychiatriques. Cet écart s’accroît alors que le tabagisme décline dans la population, la part de fumeurs en souffrance psychique n'a pas varié ces vingt dernières années."Cette grande inégalité mène à la mort prématurée et à des années de maladie chronique pour beaucoup d'entre eux. Le vapotage offre une nouvelle opportunité à ces personnes de s'éloigner du tabagisme et d'éviter le terrible fardeau de la mort et de la maladie qu'il cause", explique la Pr Ann McNeill, coprésidente du Mental Health & Smoking Partnership. Ce sont de dix à vingt "années de vie volées" aux personnes touchées par un problème psychique, principalement à cause du tabagisme, selon l'analyse de l'ASH.

Lorsqu'il est facilement accessible, le vapotage accompagné de bons conseils et d'une information honnête, rencontre un bon écho chez les personnes en détresse psychique. La part de fumeurs désirant arrêter est aussi grande dans ce groupe social que dans le reste de la population. "Les utilisateurs de nos services ont demandé massivement de pouvoir utiliser le vapotage pendant un séjour en milieu hospitalier. Notre organisation a soutenu cela en offrant des vapoteuses jetables gratuites à l'admission", témoigne Lesley Colley, du National Health Service (NHS) de Tees, Esk and Wear Valleys. Résultat de cette opération menée depuis mars 2016, le tabagisme est passé de 43% à 28% chez les usagers de ses services.



[Expresso] USA: le nouveau plan anti-tabac de la FDA décortiqué dans la revue JAMA

Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a la main sur la réglementation des produits du tabac depuis 2009. Ce pouvoir lui est attribué dans le but de protéger la santé publique.  "A ce jour, l'agence a peu fait pour atteindre cet objectif, en grande partie à cause d'obstacles bureaucratiques, juridiques et politiques profonds", déplorent les Prs Kenneth Warner, de l'Université du Michigan, et Steven Schroeder, de l'Université de Californie à San Francisco. Les deux éminents professeurs évaluent dans une tribune ce 14 novembre pour la revue JAMA, le journal de l'Association Américaine de Médecine (AMA), le nouveau plan de lutte de la FDA contre le fardeau du tabagisme, annoncé par son directeur Scott Gottlieb le 28 juillet dernier. D'un côté, le taux légal de nicotine du tabac à fumer serait considérablement réduit à un "niveau non-addictif", de l'autre, les modes de consommation de nicotine à méfaits réduits seraient soutenus, comme nous l'avions expliqué à l'époque

Le danger de la combustion

En s'appuyant sur le principe du continuum des méfaits, il s'agit de réduire la consommation des produits extrêmement dangereux et privilégier l'accès aux plus bénins. La mesure de réduction de la nicotine n'a pas pour but d'amoindrir le danger des cigarettes fumées mais leur attractivité. "Une grande part du public croit à tort que la nicotine est la cause de cancer, or la nicotine en elle-même n'est pas particulièrement toxique aux doses utilisées couramment", soulignent Kenneth Warner et Steven Schroeder. Le réel danger vient de la fumée générée par la combustion et des plus de 7'000 toxiques qu'elle dégage. "Soixante-dix de ces produits chimiques sont des cancérigènes connus, d'autres provoquent des troubles cardiovasculaires et des maladies pulmonaires, et encore de nombreux autres troubles", précisent les professeurs de santé et médecine.

"Rendre les cigarettes et tous les produits du tabac combustibles non addictifs devraient nettement réduire le nombre de fumeurs des générations futures et aider les fumeurs actuels à arrêter", supposent les auteurs. En contrepartie, la FDA doit laisser accessibles des produits "de délivrance de nicotine acceptables pour les consommateurs et qui présentent beaucoup moins de risques de santé". Ce point est essentiel pour prévenir l'essor d'un marché noir de "vrai" tabac et d'éventuelles autres conséquences involontaires. "D'un point de vue pragmatique et moral, la FDA reconnaît que son concept très radical de réduction à un niveau non addictif de nicotine dans les produits de tabac combustibles implique nécessairement la mise à disposition de ces produits alternatifs", expliquent le spécialiste de santé publique et le médecin. 

La question est de savoir si de tels produits réduisent réellement le poids de santé publique. Question controversée où certains adeptes de l'abstinence soupçonnent un chausse-trappe. "Des produits à méfaits réduits sont déjà disponibles à présent, avec une réglementation très légère jusqu'à peu", rappellent les auteurs. C'est le cas notamment du vapotage. "Les experts conviennent que le vapotage est moins dangereux que le tabagisme. Les estimations du risque global pour la santé vont de moins de 5% jusqu'à un tiers de celui du tabagisme * ", précisent-ils. 

Chute sans précédent du tabagisme chez les jeunes


Les anti-vapotage craignent surtout que des jeunes viennent au tabagisme par le vapotage. "Pourtant, la consommation de cigarettes chez les étudiants a diminué à un niveau sans précédent durant la brève période d'utilisation généralisée de vapotage chez les adolescents. Sur la base d'une enquête sur plus de 80'000 jeunes entre 2012 et 2015, la prévalence d'usage sur les 30 derniers jours du vapotage parmi les élèves du secondaire a augmenté rapidement de 2,8% en 2012 à 16% en 2015. Au cours des mêmes années, la prévalence à 30 jours de la consommation de cigarettes est passée de 14% à 9,3%, représentant la plus forte chute du tabagisme lycéen de l'histoire. En 2016, l'utilisation du vapotage a diminué de près de 30%, chutant à 11,3%, tandis que le tabagisme continuait son déclin rapide à 8%. Les partisans du vapotage considèrent ces produits comme précurseurs d'une ère de "disruption" du marché de la cigarette", argumentent les auteurs. 
[Graphique sur le tabagisme adolescent américain de Clive Bates à partir de la même source de données citées ]


La nouvelle industrie du doute

A côté de cela, les fumeurs adultes sont encouragés à arrêter de fumer par l'aide du vapotage. Jusque-là, "l'approche dominante était "juste dis non" à tous les produits de tabac de toutes sortes, réminiscence de la guerre aux drogues", en dépit des succès de l'approche de réduction des risques dans de multiples secteurs (HIV-Sida, drogues, sexualité, sécurité routière...). "Le nouveau plan de la FDA accepte un rôle pour la réduction des risques dans la lutte anti-tabac. Etant donné l'opposition d'une partie de la communauté de santé publique, cette approche va rencontrer des résistances. Il est rendu encore plus difficile par la méconnaissance du public du noyau au cœur du plan, le continuum des risques des produits de nicotine", soulignent Kenneth Warner et Steven Schroeber. En 2012, 11,5% des américains interrogés se trompaient à propos des risques relatifs du vapotage par rapport aux cigarettes, en 2015 ils sont 35,7%, selon une étude.

Le challenge est difficile à relever, tant des membres de la communauté de santé publique travaillent à saboter l'information au public. "L'incapacité de la FDA à mettre en place des réglementations qui aient sensiblement réduit le fardeau du tabagisme doit tempérer l'optimisme à propos de la mise en œuvre de cet ambitieux plan. En outre, bien que tous les membres de la communauté anti-tabac apprécient certains éléments du plan, peu sont susceptibles de tous les soutenir en bloc. Pourtant, le potentiel énorme de succès  de sa mise en œuvre complète doit susciter une sérieuse considération. La communauté anti-tabac, si longtemps divisée, peut-elle s'unir pour soutenir un plan global visant à mettre un terme définitif à la consommation de cigarettes et leur terrible bilan de maladies et de mort?"

* Les rapports scientifiques du Public Health England (2015) et du Royal College of Physicians (2016) estiment à au moins 95% la réduction des méfaits du vapotage par rapport au tabagisme. En opposition, Stanton Glantz a estimé sur son blog (publication non scientifique) que le vapotage est "au 1/3 ou à 1/2 aussi mauvais" que la cigarette. Ce dernier est la seule référence citée dans l'article pour une telle estimation. 

mercredi 15 novembre 2017

Italie: la taxe anti-vapoteur confirmée par la Cour Constitutionnelle

Les journalistes italiens l'ont surnommé le "cadeaux de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris". Ce cadeau, c'est la méga taxe anti-vape que le Premier Ministre italien a fait passé dans un décret le 23 décembre 2014. "Le gouvernement s'agenouille devant le lobby du tabac. Voici le cadeau en faveur des nouvelles cigarettes Iqos de Philip Morris", expliquait alors le journal la Notizia. Depuis le Tribunal administratif de la région romaine (TAR - Lazio) avait contesté la légitimité de ces mesures contre le vapotage, rappelle le site SigMagazine. La Cour constitutionnelle a tranché ce matin en faveur de la mesure pro-tabac du Gouvernement de Matteo Renzi. "Si vous pouvez vous acheter de la vape, alors vous pouvez payer des taxes", résume de manière lapidaire il Sole 24 Ore

Le juge Paolo Grossi, dans son arrêt 240, estime justifiée et proportionnée la taxe anti-vape y compris pour les liquides sans nicotine. "En conclusion, le fait même de pouvoir s'offrir un produit de vapotage est déjà l'expression de la capacité contributive de l'acheteur", explique le journal il Sole 24 ore. En outre, les juges concluent que "le but secondaire de protéger la santé, qui justifie en soi la taxation des produits avec nicotine, rend aussi légitime l'effet dissuasif par principe de précaution concernant des produits [sans nicotine] susceptibles d'amener au tabagisme".

Ce verdict de la Cour constitutionelle est un nouveau coup dur après le coup de poignard d'hier du Sénat. L'amendement Vicari livre les produits de vapotage nicotinés aux mains du Monopole des buralistes, si le décret des finances auquel il est intégré est accepté par le parlement. "Simple coïncidence ou volonté délibérée, les deux mesures qui bousculent le secteur du vapotage sont arrivées à 24 heures d'intervalle", souligne Stefano Caliciuri de SigMagazine. Une sacré aubaine pour les cigarettiers.